C’est l’histoire d’une femme, Shen Té qui vit dans une contrée lointaine appelé le Se- Tchouan. Elle vend son corps pour subvenir à ses besoins. Un jour, trois dieux débarquent sur Terre à la recherche d’une bonne âme qui pourra les accueillir pour la nuit. Shen Té sera leur hôte. En échange de son hospitalité, les dieux la récompensent d’une belle somme d’argent et lui recommandent de persévérer dans sa bonté. Dès le lendemain, la jeune femme acquiert un débit de tabac. À peine installée, des voisins dans le besoin viennent frapper à sa porte pour lui réclamer l’aumône, le gîte et le couvert. Dans sa bonté, Shen Té accueille tout le monde. Très rapidement, ceux qui l’entourent tentent d’en tirer profit et de l’exploiter autant qu’ils le peuvent. Pour défendre ses intérêts et se protéger, la jeune femme va s’inventer un double : son cousin Shui Ta, homme de principe, intransigeant. Le jeune homme va remettre de l’ordre dans ses affaires et rendre l’entreprise florissante. Progressivement, il va inverser les rapports et exploiter à son tour le petit peuple qui l’entoure.
À la manière d’une parabole, la pièce brosse un portrait critique du monde contemporain et de ses dérives.
LE TROISIEME DIEU
Dans la résolution il était dit : « Le monde peut rester tel qu’il est s’il se trouve assez de bonnes âmes pour vivre une existence digne de l’être ».
La Bonne âme du Se-Tchouan, B. Brecht
Par ces temps – toujours – agités, la nécessité de porter de « grands » textes au plateau me semble s’imposer plus que jamais. Dans le même temps, nous devons penser la création dans des contraintes de production et de diffusion restreintes. Et je rêve encore d’un théâtre populaire, rassembleur, miroir de notre société, qui éveillerait les consciences endormies pour croire encore en une humanité digne. Peut-on toujours faire le pari qu’il est possible de transformer le monde ? Comme le dit si bien Camus : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande : elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. »
« Au temps d’Homère, les hommes s’offraient en spectacle aux dieux de l’Olympe. L’humanité est maintenant devenue suffisamment étrangère à elle-même pour vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. »
Walter Benjamin