Traduction : Pascal Paul-Harang

Mise en scène : Nora Granovsky

Création sonore : Braka

Création vidéo et scénographie : Pierre Nouvel

Dramaturgie : Kevin Keiss

Travail gestuel : Claire Richard

Régie générale : Pierre Miné et Aurore Leduc

Costumes : Rosi Morilla

Construction décor : Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne

© L’Arche Editeur

Avec :

Thomas Condemine
Océane Mozas
Stanislas Stanic

De Sibylle Berg

L’histoire centrale est celle d’un amour dont on raconte, à trois voix – l’homme, la femme, et le chien –, les mécanismes de construction et de destruction : l’envie, le rêve, le souvenir, le manque , etc. L’homme et la femme de cette histoire sont anonymes, ils sont un exemple parmi d’autres sans toutefois se laisser réduire à n’être que des prototypes. Ils ont une psychologie affirmée, faite d’accidents personnels, qui se caractérise notamment par une extrême lucidité de ce qu’ils sont en train de vivre. Ils savent que ce qu’ils vivent est éphémère. L’amour est une illusion à laquelle ils ne succombent pas facilement. Ils jouent avec elle. Proches de la quarantaine, les deux personnages ne sont pas des jeunes êtres primesautiers et fougeux. Ils portent les stigmates d’amours déçues et douloureuses. Le récit est, en cela, celui des illusions perdues. De plus, cette histoire possède un singulier témoin et narrateur : un chien. Ce chien n’est pas un chien ordinaire. Il est tout à fait exceptionnel car il parle, lit et se questionne tout comme un être humain. La présence du chien serait d’ailleurs à lire comme une métaphore de l’errance. Meilleur ami de l’homme, selon l’adage convenu, il est comme destiné à s’attacher au couple dont il fait la rencontre fortuite et c’est essentiellement par lui que l’histoire est narrée. A bien des aspects, le chien est la figure de l’Autre, il est le témoin du comportement des hommes à la fois entre eux mais aussi avec lui. Le chien catalyse, en effet, les enjeux d’affection ou de dédain, d’attention ou de désintérêt. Il est cet être de passage qui permet de révéler quelque chose d’obscure et de complexe sur la nature humaine.

Kevin Keiss, dramaturge


Marre de se faire botter l’arrière-train le jour et de devoir jouer les vieux paillassons la nuit pour trouver le repos dans les halls d’immeuble. Dégoûté par le manque de confort de sa vie de chien errant, l’animal opte pour un rapprochement stratégique avec la gent humaine dans la bluette réunissant deux handicapés de l’amour qui pensaient n’avoir plus l’âge d’éprouver du plaisir à se conter fleurette. Trouvant son inspiration dans Liebe pur (Les Animaux domestiques), une nouvelle de Yael Hedaya, l’auteur Sibylle Berg fait de Chien, femme, homme une comédie caustique.

Instrumentalisant le regard sans âme d’un sale cabot prêt à tout pour une caresse ou un bol de croquettes, le farce grinçante faire rire jaune dans la mise en scène sans concession de Nora Granovsky. Avec Thomas Condemine, idéal en corniaud squatteur, et le duo Océane Mozas-Stanislas Stanic, qui se régalent de jouer comme des chiens de faïence, ce théâtre s’avère aussi cruel que jubilatoire. Nul ne s’étonnera – un chien ne vivant jamais autant qu’un humain – que la bête, très fière d’avoir provoqué ce beau désordre, tire sa révérence avant la fin, sans plus se préoccuper de l’enfer où ces deux-là vont demeurer.

Patrick Sourd / Les Inrockuptibles 17 octobre 2012

 

 

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